mardi 19 janvier 2010 - IBRAHIMA SENE, SECRETAIRE CHARGE DES AFFAIRES ECONOMIQUES DU PIT
‘’Wade veut effectuer un coup d’Etat institutionnel pour conserver le pouvoir’’
NETTALI.NET - Le secrétaire chargé des affaires économiques du Parti de l’Indépendance et du Travail (Pit), Ibrahima Sène se veut pessimiste sur la situation du Sénégal en l’an 2010, si le président de la République, Me Abdoulaye Wade se maintient toujours au pouvoir. Ibrahima Sène fonde son argument sur ‘’le comportement’’ du président de la République ces derniers temps et ‘’sa volonté affichée d’effectuer un coup de force électorale’’.

Sur le plan politique, quelles sont les perspectives en 2010 ?

Les perspectives en 2010 sont inquiétantes au plan politique. Pour deux raisons fondamentales. La première raison, c’est le comportement de Wade, la deuxième raison, sa volonté affichée d’effectuer un coup de force électorale. Le comportement du président de la République ces derniers temps, pose fondamentalement la question sur son état de santé mentale, non pas parce qu’il est devenu fou au sens étymologique du terme, mais il manifeste de plus en plus fréquent une incapacité notoire de discerner « le bien du mal ».

En effet, en voulant plaire à la hiérarchie mouride, il leur confère les prérogatives d’intronisation du chef de l’Etat du Sénégal. Mais, ce faisant, il ne se rend même pas compte de la violation flagrante de la Constitution en la matière qu’il venait de faire, à plus forte raison, le gène qu’il a provoqué au sein de cette hiérarchie. A tel point que des voix autorisées se crurent le devoir de le démentir publiquement. De la même manière, il n’a pas eu conscience de l’affront qu’il portait aux chrétiens du Sénégal et du monde en blasphémant publiquement sur le Christ. Devant l’indignation générale de la hiérarchie chrétienne et des chrétiens du Sénégal et dans le monde, il demeure convaincu qu’il n’a rien dit de mal, et que c’est la presse et l’opposition qui cherchent à le mettre en mal avec l’église catholique. Le clou de ce type de comportement nous a été servi lors de sa conférence commune à Banjul avec le président de la Gambie.

Quand, il déclarait publiquement devant les caméras du monde entier, que l’opposition et certaines presses sont les adversaires d’une bonne entente entre le Sénégal et la Gambie. Jamais un chef d’Etat en possession de toute sa raison, n’a pu tenir de tels propos à l’étranger devant un chef d’Etat contre une partie de sa population. Que dire de son silence, après l’appel de son ministre conseiller chargé des Relations avec les partis politiques aux marchands ambulants de Dakar de se « rebeller » contre la mise en œuvre d’une décision du conseil municipal de la ville de Dakar de procéder à leur déguerpissement vers d’autres sites aménagés. Cet appel à mettre Dakar ’’à feu et à sang’’ aurait provoqué chez un chef d’Etat en possession de toutes ses facultés et soucieux de préserver la paix et la stabilité, la décision d’exclure l’auteur du gouvernement et de le traduire en justice pour incitation publique à la désobéissance et à l’insurrection. Tous ces comportements prouvent nettement qu’il est urgent, comme l’a demandé Bennoo d’inviter les institutions habilitées pour statuer sur la capacité mentale du chef de l’Etat à continuer à exercer ses fonctions

Mais sur ce plan, certains crient à un ’’coup d’Etat’’ que veut organiser Bennoo ?

Ceux qui crient au ’’coup d’Etat’’ de Bennoo ou qui menacent de ’’jeter’’ ses leaders en prison, n’ont exprimé que leur désarroi devant cette triste réalité. En effet, tout Sénégalais a le droit constitutionnel d’interpeller une institution de la République pour exercer ses prérogatives qui lui sont légalement dévolues. En la matière, l’institution qui va être interpellée est bien le président du Sénat pour l’amener à jouer son rôle constitutionnel pour apaiser les Sénégalais inquiets du comportement du chef de l’Etat. Ce n’est donc pas seulement Bennoo, mais tous les Sénégalais épris de paix et de stabilité qui doivent se mobiliser et interpeller par courrier le président du Sénat.

Quelle est la deuxième raison qui rend inquiétantes les perspectives en 2010 ?

La deuxième raison qui nous amène à nous inquiéter des perspectives 2010, est bien la volonté de Wade d’effectuer un coup de force voire un coup d’Etat institutionnel pour conserver le pouvoir. Cela est illustré d’abord, par son forcing à remanier la Cena (Commission électorale nationale autonome) pour y extirper le président qu’il juge contre lui, et à reformer le code électoral, selon ses objectifs. Mais, ce qui est surtout inquiétant sur sa décision de briguer un troisième mandat, malgré les dispositions de la Constitution en la matière qui le lui interdisent formellement. En effet, ce sont les articles et 104 de la Constitution qui règlent sans équivoque son inéligibilité pour un troisième mandat. C’est ainsi que l’article 27 dit clairement que le mandat du président de la République n’est renouvelable qu’une fois et précise, que cette disposition ne peut être révisée que par voie référendaire et institutionnelle. Devant les partisans de Wade qui prétendent que cette disposition n’est pas rétroactive et ne s’applique pas au premier mandat de 2000 à 2007, l’article 104 leur répond sans équivoque que ’’la durée du mandat du chef de l’Etat telle que prévue par l’article 27 ne s’applique pas au premier mandat. Tout le reste de l’article 27 lui est applicable’’.

L’article 27 traite deux questions essentiellement : la durée du mandat du président de la République à 5 ans et son renouvellement une seule fois. Donc, l’article 104 exclut de la non-rétroactivité, le renouvellement du mandat du chef de l’Etat. D’ailleurs, quand Wade avait décidé de réviser par sa majorité mécanique au parlement, l’article 27 pour porter la durée de son mandat de 5 à 7 ans, l’argument des thuriféraires du régime pour exclure la voie référendaire était de dire que le dernier alinéa de cet article qui exige le recours à une voie référendaire ou constitutionnelle ne s’applique pas à la durée du mandat, mais bien au renouvellement du mandat du président de la République. Donc, en aucun cas, Wade ne peut-être candidat à des élections anticipées ou en 2012, sans auparavant réformer l’article 27 par voie référendaire ou constitutionnelle. S’il choisit de le faire, ce serait un véritable coup d’Etat comparable à celui perpétré par Tandja au Niger pour se maintenir au pouvoir. C’est cette même volonté de confiscation du pouvoir qui anime le projet qui lui est attribué d’organiser des élections présidentielles anticipées sans avoir au préalable démissionné, comme l’exige la constitution en vigueur. Donc, par A ou B, la Constitution du Sénégal ne permet à Wade, ni de se représenter une troisième fois, ni d’organiser des élections anticipées. S’il démissionne, c’est le président du Sénat qui organise des élections anticipées entre 60 et 90 jours, selon la Constitution. Si Wade passe outre, en usant de sa majorité mécanique au parlement pour réviser la Constitution pour pouvoir rester organiser des élections anticipées, ce serait un coup d’Etat institutionnel.

Que faut-il faire dans ce cas ?

L’état de santé mentale du président et sa volonté de conserver le pouvoir coûte que coûte, constituent un véritable danger pour le Sénégal. Les forces vives de la nation doivent donc se mobiliser pour exiger du président du Sénat, l’assumation totale de ses prérogatives constitutionnelles pour sauver le Sénégal, la République et la démocratie. Il n’a aucune excuse, ni de reconnaissance envers Wade, ni des réactions de Wade et de ses affidés à son égard qui puissent justifier qu’il se dérobe de ses tâches historiques de salut national.

Il y a la situation en Casamance, comment la voyez-vous en cette année 2010 ?

La situation de la Casamance contribue aussi à la nécessité de faire partir Wade le plus vite possible. En effet, en transformant le conflit en « fonds de commerce » par ses affidés et en privilégiant la corruption dans les rangs du Mfdc pour créer les conditions de sa reddition, Wade a occasionné la reprise de la guerre en Casamance. Ce ne sont pas de simples braquages de maquisards tenaillés par la faim qui sont en cours actuellement, comme on veut nous le faire croire, mais c’est bien la reprise de la guerre de guérilla du Mfdc par des braquages des populations, par des harcèlements des forces armées et de sécurité. L’on est retourné à la situation d’avant les accords de Cacheu qui avaient ouvert le processus de négociations pour la paix en Casamance. Wade refuse obstinément de répondre à la demande de reprise des négociations de paix par le Mfdc, les socio-cultures et même les femmes du bois sacré, et continue sa politique de recherche d’une reddition des maquisards. Il ne veut pas la paix, mais la capitulation. Il ne se rend même pas compte que sa politique de corruption et de division n’a abouti qu’à la reprise de la guerre en Casamance et non la reddition. C’est encore une preuve supplémentaire de son manque de discernement, et de son incapacité à discerner le bien du mal. Son départ immédiat devra créer les conditions psychologiques, morales, politiques et matérielles d’une véritable négociation pour restaurer la paix en Casamance et consolider l’unité territoriale de ce pays.

- Mis en ligne par Mayaram -



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