
Au sein du Ps, la victoire de la liste majoritaire de Benno Siggil Senegal lors des locales de mars 2000, face au maire sortant, Pape Diop, président du Sénat et deuxième personnalité de l’Etat, et face surtout à Karim Wade, a installé le dernier ministre socialiste du Commerce sous les feux de la rampe.
Alors que le débat sur la candidature unique de l’opposition en vue de la présidentielle de 2012 fait rage, au sein même de la formation socialiste, il fait partie des théoriciens d’une alternative au secrétaire général du Ps, Ousmane Tanor Dieng, même s’il n’en laisse rien paraître et fait tout pour taire ses ambitions afin de ne pas apparaître comme un facteur de division.
Son binôme avec le maire de Podor et porte-parole du Ps, Me Aïssata Tall Sall, est une intéressante attraction. Récemment, d’une même voix, ils avaient estimé qu’il n y a pas de « candidat naturel du Ps » lors de la présidentielle de 2012…
Quand l’un gère un budget de 39 milliards de francs Cfa en devenant le premier responsable Ps à diriger une grande administration (la plus importante collectivité locale au Sénégal) après la défaite de 2000, l’avocate, elle, brille sous les feux des médias et lustre l’image de ’’ceux qui ont géré pendant quarante ans et qui n’ont rien fait dans ce pays’’, selon la bonne formule sopiste.
Mais c’est surtout dans le camp présidentiel que le spectre d’un succès de Khalifa Sall à la tête de la mairie de Dakar inquiète. Il dit : ’’je ne suis pas obnubilé par un second mandat à la tête du conseil municipale’’ ; il veut incarner l’expérience et le volontarisme. En résumé, il veut être un bon maire et s’attaque aux grands dossiers. Mamadou Lamine Loum, dernier Premier ministre du gouvernement socialiste, est son principal conseiller.
Il a la tête sur les épaules et fait le dos rond ; il a le sens des priorités, surtout dans un contexte de réunification de l’opposition : ’’d’abord, ce n’est pas le Ps qui est au pouvoir, c’est le Benno qui a été élu à Dakar. J’ai un attachement viscéral à la préservation de Benno. Je suis convaincu que si nous n’étions pas unis, les populations ne nous auraient pas élus. Donc, pour rester fidèle au vote des populations, il faut préserver cette coalition’’, estime celui qui a décidé de consacrer 80% du budget 2010 de la commune de Dakar estimé au total à 39 milliards de FCFA à l’éclairage et à la mobilité urbaine.
4 à 5 milliards seront mis chaque année à la disposition des différentes communes d’arrondissements de la ville de Dakar, en vue de la production de pavés.
’’Depuis trois mois, nous avons divisé les communes d’arrondissements de Dakar en quatre ensembles’’, a souligné récemment l’élu de Grand-Yoff, dans la proche banlieue dakaroise, révélant que dans le cadre de la réalisation des pavés ’’des groupements d’intérêt économique et quatre unités de productions de pavés ont été créés’’.
Se sachant attendu sur son bilan, il met la barre assez haute pour justifier son nouveau statut de figure montante de l’opposition : ’’d’ici 5 ans, nous voulons que la configuration de Dakar change. C’est l’une des sur-priorités du budget 2010 !’’.
Vie culturelle et associative ; gestion des hôpitaux municipaux, politique d’assistance et de soutien aux nécessiteux, voirie urbaine, environnement, sur tous les dossiers chauds, on le voit, avec plus ou moins de réussite, imprimer la marque du « nouveau Ps ». Celui qui veut faire croire que dix ans d’opposition et l’exercice du pouvoir par le président Wade peuvent effacer le ressentiment que les Sénégalais ont révélé au grand jour en arrachant le pouvoir des mains du vieux parti en 2000…
La diabolisation des ’’quarante ans’’ socialistes opérée par les libéraux est un premier écueil. D’autant que lui-même a incarné au plus haut point l’oligarchie au pouvoir à l’époque. Lors de son installation à la tête de la mairie de Dakar, Khalifa Sall brise un tabou. Il fait une déclaration de patrimoine. Sacrilège ! L’homme n’est pas dans le besoin. Loin de là ! Une maison achetée à 800.000 francs Cfa en 1984 aux Parcelles assainies de Dakar ; un terrain avec verger à Niague acquis à 350 000 francs CFA ; puis, une fatras de propriétés foncières
’’J’ai acquis deux terrains à Yoff. Un qui se trouve sur la bordure de l’autoroute que j’avais commencé à construire mais qui est un domaine litigieux qui m’avait été vendu par la communauté les frères de Yoff-Tongor. Ce terrain m’avait été vendu à 2 millions de francs. J’ai acheté aussi un terrain derrière l’hôtel Océan qui m’avait été vendu par les mêmes membres de la collectivité des frères de Yoff-Tongor. Ce terrain avait été aussi vendu à 1 millions 500 francs CFA. C’était en 1987 et en 1986. Je rappelle les dates pour que les gens comprennent pourquoi’’.
En ce qui concerne ses biens en France, il précise : ’’en 1992, j’ai acheté un appartement à Amiens. Amiens Nord précisément. Cet appartement je l’ai acheté à 25 millions de francs avec un financement de la banque BNP Paribas’’.
’’Tout le reste des biens que j’avais acquis, je l’ai acquis avant d’être ministre. Certains, je les ai acquis en étant député, en organisant ma vie. J’ai travaillé très tôt comme responsable international collectif jeune, consultant à l’UNESCO, responsable international, j’ai eu autant de mandats qui m’avaient un peu amené à travailler sur l’international et qui me procuraient des ressources que je n’ai jamais dépensées parce que je me suis toujours astreint à une vie modeste et simple. Je vie sobrement et je ne me prends pas la tête ni, par les fonctions, ni par les moyens financiers’’, assure-t-il.
La stratégie fait mouche. C’était là une double nécessité : justifier tout engagement financier d’envergure de sa part en vue des prochaines joutes électorales selon un air bien entendu ; du genre « je-ne-touche-pas-à-l-argent-de-la-mairie ». D’autre part, lancer un signal fort vers l’opinion pour endosser les habits de « monsieur propre » ; un clin d’œil salace pour inviter des membres de la majorité libérale en à faire autant…
C’est avec le dossier des marchands ambulants qui dressent leurs étals sur les rues et avenues passantes de Dakar que Khalifa Sall a compris que ses projets se heurteront immanquablement au pouvoir exécutif libéral. En s’attaquant à un deuxième tabou, cette fois bien dakarois, en l’occurrence l’encombrement humain, il affronte un bien gros morceau que les libéraux ont naturellement attrapé en vol.
’’Nous attendions la fin de toutes les fêtes de fin d’année pour dégager l’ensemble des artères concernées’’, expliquait-il récemment alors que des commerçants du marché Tilène, situé au cœur de la Médina de Dakar, ont entamé le même jour une grève en lien avec cette opération de désencombrement.
S’exprimant au cours d’une conférence de presse destinée à dresser le bilan des huit premiers mois qu’il a passés à la tête de la mairie de Dakar, Khalifa Sall a promis que les ambulants concernés seront recasés par les soins de l’institution qu’il dirige dans 3, 4 ou 5 mois.
Lors de son discours de fin d’année, le président Wade s’est voulu on ne peut plus clair : ’’je les félicite pour leur courage’’. Ces derniers savent combien je suis sensible à leurs difficultés. On doit les féliciter, ces jeunes qui n’ont pas voulu se lancer dans des barques frêles pour aller à l’aventure ou s’adonner à la drogue.’’.
Dans la foulée, son ministre-conseiller, chargé des questions politiques ( !) enfonce le clou et demande aux marchands ambulants de ’’résister’’ aux tentatives de déguerpissement.
Benno Siggil Senegaal s’en mêle et sert une sommation interpellative à l’intéressé et le menace d’une plainte, s’il confirme ses propos. Khalifa Sall a du pain sur la planche.





























