
Globalement, il les regroupe en trois grandes coteries : une grande masse d’incultes colporteurs de contre-vérités et corvéables pour des règlements de compte personnels ; des opposants qui se cachent derrière leur plume ; et des personnalités connues du paysage qui se comptent sur les doigts d’une main, qu’il respecte car les sachant témoins de propos qu’il a tenus un moment, d’événements et de situations inhérents à la dure condition d’opposant. Bref, des personnalités qui le connaissent en dehors du pouvoir...
Les rencontres entre le président de la République et les représentants de la presse ont souvent tourné court car l’hôte se montrant peu accommodant en ces circonstances. Pour beaucoup d’hommes politiques, pour se tirer de l’embarras que font naître les questions gênantes, il faut soit « casser » le journaliste, soit faire dans la langue de bois ou s’en débarrasser comme le canard qui sort de l’eau. Avec Wade, cela va plus loin. Il préfère les colonnes réputées des grands titres français, Américains ou Anglais.
Malheureusement, la presse internationale est de plus en plus sévère, à la limite parfois de la caricature, avec le président Wade. Le vocabulaire qu’elle utilise quand elle parle du Sénégal, renseigne sur l’image que le pays donne à l’étranger : dérive monarchique avec la montée en puissance dans l’appareil étatique du fils du président de la République, « folie des grandeurs » avec le monument de la renaissance, étonnement avec la volonté du vieil « opposant au pouvoir » de se (re) présenter à la présidentielle de 2012 à près de 86 ans ! Ainsi, l’influent « The Economist » vient de laisser entendre que la statue de Ouakam ne déparerait pas des colonnes de « Play Boy ». Dans ce magazine Américain, on lit ceci : « cette statue est soit un hommage glorieux à la Renaissance africaine, comme le proclame le gouvernement, soit un monument surdimensionné à la vanité outrageuse du Président, comme le pensent les Sénégalais. »
Triés sur le volet, l’hebdo « La Sentinelle », la station de radio « Océan Fm » et la chaîne de télévision « Canal Infos News » ont donc pu tendre « sereinement » le micro à Me Wade. Première satisfaction : il n y a pas eu de clash ! Normal, l’entretien semble avoir été bien préparé et en dehors du journal, les deux autres organes sont de notoriété publique proches du pouvoir. Deuxième satisfaction : on a (enfin) eu l’occasion d’entendre le président de la République, se prononcer sur de lancinantes questions. Il en ressort deux informations de taille : les bases militaires Françaises au Sénégal seront effectivement démantelées ; ensuite qu’il trouve de « rares » qualités à son fils, Karim Wade, coaché pour lui succéder.
Les accords de défense liant le Sénégal et la France, signés en 1974, ne seront plus de mise après le 04 avril 2010 ; du moins, les deux parties s’entendent sur ce point. De 1200, le nombre de soldats tricolores basés à Dakar va passer à 300. Et, surtout, les centaines d’hectares qu’occupait le 23ème Bima seront libérés. Au cours de l’interview, Me Wade a envisagé la construction sur le site d’une nouvelle résidence secondaire pour le président de la République, « Popenguine étant trop éloigné de Dakar », selon les explications fournies par le chef de l’Etat. A propos de Popenguine justement, on avait évoqué, il y a quelques temps des gisements titanifères sur les sables qui entourent le domaine présidentiel...
Dès l’annonce d’un possible retrait militaire français, beaucoup ont ont commencé à se pourlécher les babines : des hectares à Ouakam et à Bel-Air, en face de l’île de Gorée en ces temps de disette foncière dans la presqu’île du Cap-Vert, c’est trop beau pour être vrai. Mais disons que c’est une marque de grandeur que de penser au confort de son successeur !
Me Wade ne parle pas des enjeux stratégiques, du manque à gagner pour l’économie Sénégalaise, des centaines d’emplois directs et indirects qui seront perdus, des milliers de bouche à nourrir, des nécessaires réajustements sécuritaires internes... Non, non, rien de tout cela : il cause de terres, comme à son habitude. Pourquoi cette attraction pour le foncier ?
Beaucoup de scandales qui entachent la gouvernance libérale ont des liens avec une boulimie foncière qui s’est cristallisée avec la perspective de la délocalisation de l’aéroport Léopold Sédar Senghor (construction du monument de la renaissance) et les montages autour de la grande mosquée Mouride de Dakar, le projet Kawsara et le stade Assane Diouf, les réserves foncières du stade Léopold Sédar Senghor et du Cices...
Pourquoi cet amour de la terre chez le président Sénégalais ? Lors du fameux entretien avec les trois médias, il en a en tout cas laissé tout transparaître. Idem à propos de tout ce qui se rapporte à son fils. Normalement, il est d’usage que ce soit le fils qui tresse des lauriers à son père. Avec les Wade, c’est le contraire. Jamais, on a entendu un chef d’Etat adouber de la sorte un membre de son gouvernement, fut-il son fils. Ali Bongo Ondimba, le nouveau président Gabonais a été, des décennies durant, le ministre de la Défense alors que son père était aux affaires. Pourtant, Omar Bongo, longtemps doyen des chefs d’Etat Africains, même à l’article de la mort, a eu la pudeur de se taire « publiquement » sur sa succession.
L’ancien maître du Togo, Gnassingbé Eyadéma, il est vrai surpris par la mort, n’avait désigné ni Faure (finalement devenu président), encore moins Patcha (autrefois tout puissant aujourd’hui mis en résidence surveillée par son frère), pour lui succéder. Alors que Wade, lui... Voilà ce qu’il dit de son fils, grosso modo : il a fait de brillantes études d’ingénierie financière en Sorbonne ; il a travaillé dans l’une des plus prestigieuses banques Anglaises ; ses collègues étaient au bord de l’apoplexie quand il s’est agi pour lui de répondre à l’appel de la nation, dans le sillage de la victoire du Sopi la présidentielle de 2000. Le président Wade présente volontiers son fils comme une intelligence hors-normes.
Il explique que son fils est si « neuroné » qu’il gère, l’air de rien, un super département ministériel qui aurait normalement exigé la nomination de cinq cols en blanc ! A quoi bon continuer à s’auto-flageller inutilement ? Son fils est le plus doué de ses concitoyens, il sait ramener comme personne de l’argent frais, sait l’utiliser à bon escient et sa compétence ne fait l’objet d’aucun doute. En un mot comme en cent, il est la personne idéale pour le poste. Le poste ? Quel poste ? Celui de président de la République, pardi ! On comprend maintenant pourquoi une partie des hectares de Bel-Air doit servir à la construction d’une résidence secondaire pour le président du Sénégal, les pieds dans l’eau. Et comme Karim Wade est, dit-on, amateur de jet-ski et de plongée sous-marine, tout se comprend !
Voir sur le même sujet : « Le president de la République défend Karim Wade »





























