
Karim Wade qui préside le placement des cartes à kébémer qui l’eût cru ? Et c’est pourtant une réalité. Jusqu’ici, le ministre « du ciel, et de la terre », comme le brocardent ses (nombreux) détracteurs, s’était signalé par l’animation d’un mouvement de soutien à son action, la « Génération du concret », mais il n’a pas réussi à faire de son coup d’essai un coup de…maître, en raison de l’idée largement répandue au sein de l’opinion qu’il ne devait ses ambitions qu’à la position de son père. La défaite de Karim Wade aux dernières élections locales se couple avec l’image négativement chargée d’un junior en politique entouré de « mousseurs opportunistes », un héritier décalé car ne parlant pas une langue locale même si les Sénégalais, par pudeur, ont fait l’économie du débat autour de cette question.
Celui qui s’était jusqu’ici engagé pour Dakar, et plus précisément le Point E, le quartier où il a grandi, n’y aura pas fait long feu puisqu’ayant été vaincu par le jeune docteur Malick Diop de l’Afp qui lui a ravi le fauteuil tant convoité et qui devait servir de rampe de lancement à un bail avec les mandats électifs. Mais ce qu’on ignorait jusqu’ici, c’est la détermination de Wade fils qui n’entend pas abandonner après la première défaite : sans doute une marque de fabrique chez les Wade...
Il a donc décidé de changer de stratégie. Karim Wade fait sa mue doucement et sûrement, enchaînant habits traditionnel s sur habits traditionnels ; apparitions publiques sur apparitions publiques. Des informations circulent, si son se fie à certains journaux de la place, tendant à faire accroire son mariage avec une Sénégalaise « bon teint », si l’on ose dire. Celui qu’on avait toujours reproché d’être éloigné des Sénégalais, celui qu’on a toujours vu comme le fils de son père, a décidé de passer à l’offensive, en affrontant la foule, passant ses mains dans le cambouis, et découvrant les meetings.
Première étape de l’offensive, le meeting de Thies, fief d’un Idrissa Seck tapi pour le moment dans l’ombre, et qui s’est fait tout petit, ne pipant mot depuis qu’on lui a promis le poste de vice-président. Il n y avait vraiment pas de risque au stade actuel qu’Idy lâche la meute dans cette ville jusqu’ici acquise à sa cause.
Et après, Karim Wade a voulu se rendre à Diourbel, et là, problème : c’est le fief d’Aminata Tall, l’actuelle secrétaire générale de la présidence de la république, revenue dans les bonnes grâces du palais après avoir rué dans les brancards. Le père s’y oppose mais Karim boude, sans plus. Tout se présente comme si Wade fils cherchait à ébranler toutes les maisons érigées par des icônes du PDS, Idrissa Seck puis Aminata Tall !
Second col à franchir, Kébémer, ville natale de son père, une localité sans problème bien acquise à la cause du PDS. Le voilà donc parachuté dans le Cayor, comme superviseur du placement des cartes. L’élan protecteur du père qui ne veut pas facilement le jeter en pâture. Ville facile sans doute pour lui, puisqu’on ne voit pas une personnalité politique du PDS pour venir éprouver Wade fils. Lions, caïmans et hyènes ne se hasarderont point sur ce terrain de chasse, celui-ci étant réservé au safari du fils pour pousser à son paroxysme la recherche du symbolique.
A Kébémer, Karim Wade va jouer les rassembleurs annonçant qu’il va y acheter sa carte. Enfin, c’est mieux pour lui, puisqu’à Dakar, les effets de la gouvernance libérale ont chauffé à blanc l’électorat au point qu’il ait adressé une fin de non-recevoir à ses premières ambitions d’édile. Certes, il n’est pas tenu, comme son père, par la pression du temps et peut rétorquer à ses détracteurs que Me Wade himself n’a jamais été élu maire, pas plus qu’il n’a jamais géré un département ministériel. La capitale est devenue une sorte de « terrain miné » pour lui. Mieux vaut alors un retour sur la terre de ses grands parents. Sera-t-il inspiré par l’exemple du président du Sénat, Pape Diop, qui vient de révéler, au plus fort du scandale de l’attribution de marchés publics qui épingle sa gestion de la mairie de Dakar, son désir de « retourner dans le secteur privé » ? L’épreuve du terrain, il n y a que cela de « concret » !





























